La pédagogie active sans la pédagogie inversée: c’est possible!

La pédagogie active, qu’elle se déroule dans une #CLAAC ou dans une classe traditionnelle, amène à penser que l’enseignement magistral n’a plus la place maîtresse qu’il occupait auparavant. Dans ce contexte, comment favoriser l’acquisition des faits ou des concepts en ayant de moins en moins recours à l’exposé magistral en classe?

Une piste de solution est  la pédagogie inversée (voir le billet de mon collègue Samuel Bernard). Celle-ci est populaire chez plusieurs enseignantes et enseignants qui y voient une façon de dynamiser leurs cours et de favoriser la motivation des étudiants. Au collégial, plusieurs collègues témoignent d’expériences positives (par exemple, voir les récits de Johanne Morin, Christian Drouin et Mélanie Jaqmain). En visionnant des vidéos ou en lisant des textes à l’extérieur de la classe, leurs étudiants  s’approprient la matière et l’appliquent en classe individuellement ou lors d’activités collaboratives ou coopératives.

D’autres enseignantes et enseignants hésitent à plonger ou ont vécu des expériences frustrantes. La rédaction de textes adaptés au niveau des étudiants ou la réalisation de vidéos, même de courte durée, demande beaucoup d’effort et de temps de la part de l’enseignant et, dans le cas particulier des vidéos, une appropriation de nouvelles technologies. Pour pallier cette situation, on peut se rabattre sur les manuels de cours déjà existants sur le marché. Malheureusement, ceux-ci présentent souvent le contenu avec un vocabulaire qui n’est pas suffisamment adapté pour un apprenant qui entre en contact pour une première fois avec les notions. Les étudiants rapportent d’ailleurs très souvent que les lectures et les vidéos sont difficiles à comprendre. Les enseignantes et les enseignants qui constatent cette situation tendent à enseigner les concepts à nouveau en classe, ce qui atténue voire nuit carrément à l’efficacité de la pédagogie inversée. Pour certains, cette situation est si fréquente qu’ils préfèrent retourner à l’enseignement traditionnel!

La pédagogie active sans la pédagogie inversée?

Dernièrement, je suis tombé par hasard sur un billet de blogue de Lyonel Kaufmann qui mentionne les résultats présentés dans un article paru cette année dans le journal Life Sciences Education. Les résultats suscitent la réflexion!

Alors que plusieurs recherches avaient auparavant démontré l’avantage de l’utilisation de la pédagogie inversée sur la pédagogie traditionnelle, cet article compare deux classes, l’une inversée, l’autre pas, appliquant toutefois la pédagogie active dans les deux cas. Les résultats ne montrent pas de différence significative en ce qui concerne les résultats d’examens et de devoirs ni, d’ailleurs, en ce qui concerne l’attitude des étudiants par rapport au cours. Les auteurs concluent que l’amélioration dans l’efficacité du dispositif pédagogique viendrait de la pédagogie active en se basant sur d’autres recherches qui illustrent l’efficacité de la pédagogie active par rapport à la pédagogie traditionnelle.

Alors comment?

Dans ce même article, les auteurs distinguent deux grandes phases dans leurs dispositifs pédagogiques. La première phase est l’acquisition des concepts (concept attainment) et la deuxième est l’application des concepts (concept application). Dans le tableau ci-dessous, vous constaterez que les phases sont réalisées à un moment différent. Dans le dispositif avec la pédagogie inversée, l’acquisition des concepts est réalisée à travers le visionnement de vidéos, alors que l’application des concepts dans d’autres contextes est faite en classe, où les étudiants reçoivent de la rétroaction. Dans le dispositif sans la pédagogie inversée, l’acquisition des concepts est faite en classe, et l’application des concepts est effectuée après le cours. À cette occasion, les étudiants reçoivent de la rétroaction grâce à un environnement d’apprentissage numérique.

Comparaison entre le dispositif pédagogique avec pédagogie inversée et sans pédagogie inversée.
Comparaison entre le dispositif pédagogique avec pédagogie inversée et sans pédagogie inversée.

L‘acquisition de concepts est une stratégie élaborée par le psychologue américain Jérôme Bruner à la fin des années 50,  qui repose sur une démarche inductive. Cette stratégie implique que l’enseignante ou l’enseignant:

  1. présente des exemples appelés yes examples qui possèdent tous les attributs du concept, et des contre-exemples appelés no examples qui présentent seulement quelques attributs;
  2. demande aux étudiants, souvent en équipe, de relever les attributs des exemples et les différences avec les contre-exemples. Une première liste d’attributs est ainsi créée;
  3. présente d’autres exemples et contre-exemples afin que les étudiants raffinent la liste des attributs du concept;
  4. demande aux étudiants de générer une liste définitive des attributs du concepts;
  5. propose une tâche qui permet aux étudiants d’appliquer le concept.

Pour voir un exemple de courte leçon selon cette stratégie, je vous invite à visionner cette vidéo.

Cette démarche, qu’elle soit appliquée en classe ou à l’extérieur de la classe, cadre assurément avec la pédagogie active. Dans mon dernier billet de blogue, j’ai mentionné l’existence de structures coopératives à faible risque qui rendent les étudiants actifs et qui favorisent la coopération. Par exemple, il y a la technique 10-2, le casse-tête d’experts, etc. Plusieurs ouvrages présentent des idées de structures coopératives permettant l’acquisition de connaissances tout en en rendant les étudiants actifs.  Il y en a pour tous les goûts! Mentionnons au passage les ouvrages Inspiring Active Learning – A Complete Handbook For Today’s Teachers,  Ajouter aux compétences – Enseigner, coopérer et apprendre au postsecondaire et Cooperative Learning Group Activities for College Courses.

En conclusion, deux réflexions…

Les résultats de la recherche effectuée par Jensen et coll. m’amènent à deux réflexions. D’abord, selon leurs résultats, il est tout à fait réalisable de faire de la pédagogie active sans la pédagogie inversée. Bien que cette dernière soit utile pour permettre aux enseignants de consacrer plus de temps à la pédagogie active en classe, il demeure que l’acquisition des notions d’un cours va plus loin que leur simple transmission; les étudiants apprennent lorsqu’ils sont actifs, c’est-à-dire lorsqu’ils traitent l’information. Enfin, mentionnons la place importante accordée à la rétroaction. Dans les deux dispositifs pédagogiques testés, la rétroaction lors de la phase d’application des concepts est présente. Ne serait-ce pas là un élément important dans l’efficacité de tout dispositif pédagogique?

Qu’en pensez-vous?

Bibliographie

ASCD (2015) How the Strategic Teacher Plans for Concept Attainment repéré à http://www.ascd.org/ascd-express/vol4/420-silver.aspx (19 mars 2015).

Drouin, C. (2013) La classe inversée : un catalyseur de changement ! repéré à http://www.profweb.ca/publications/recits/la-classe-inversee-un-catalyseur-de-changement (17 mars 2015).

Harmin M. et Toth M (2006). Inspiring Active Learning – A Complete Handbook Fort Today’s Teachers, 2e édition, ASCD, 475 pages.

Howden J. et Kopiec M. (2000) Ajouter aux compétences. Enseigner, coopérer et apprendre au postsecondaire, Chenelière/McGraw-Hill, Montréal, 159 pages.

Jacqmain, M. (2014) La classe inversée au menu dans un cours de Techniques de diététique repéré à http://www.profweb.ca/publications/recits/la-classe-inversee-au-menu-dans-un-cours-de-techniques-de-dietetique (17 mars 2015).

Jensen J.L. et coll. (2015) Improvement from Flipped Classroom May Simply Be the Fruits of Active Learning, Life Sciences Education, Vol. 14, Spring 2015, p. 1-12.

MacPherson, A. (2007) Cooperative Learning Group Activities for College Courses. A Guide for Instructors, Kwantlen University College, 193 pages.

Morin, J. (2014) La classe inversée pourrait être pour vous, repéré à http://www.profweb.ca/publications/recits/la-classe-inversee-pourrait-etre-pour-vous (17 mars 2015).

Neff, L. Jerome Bruner on Concept Attainment Strategies repéré à http://jan.ucc.nau.edu/lsn/educator/edtech/learningtheorieswebsite/bruner.htm (19 mars 2015).

Kaufmann L. (2015) L’apprentissage actif expliquerait les effets positifs de la classe inversée, repéré à http://lyonelkaufmann.ch/histoire/2015/03/07/lapprentissage-actif-expliquerait-les-effets-positifs-de-la-classe-inversee-lecole-branchee/ (19 mars 2015).

2 réflexions au sujet de « La pédagogie active sans la pédagogie inversée: c’est possible! »

  1. J’ai transmis votre demande à mon collègue Samuel Bernard. Dans notre groupe de recherche, Samuel est l’expert en pédagogie inversée.

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